Juillet 2016, Aux portes de l'Amérique Centrale


Notre mois de juillet n’est qu’une route de plus vers l’inconnu… Le temps de dire au revoir à Olivier et Cathy, Jean-Christophe et Marjorie à la Paz, en Basse-Californie, et nous voici embarqués sur un des navires de Baja Ferries pour une longue nuit de traversée vers le continent… Le continent, c’est cette partie du Mexique que nous ne voyions pas du Ranch Cactimar mais nous regardions bien souvent dans sa direction, au delà de la mer de Cortez. Les derniers temps, c’étaient les orages qu’ils se prenaient sur le coin de la tête que nous admirions. De magnifiques éclairs visibles à des centaines de kilomètres alors que nous profitions encore de la fraîcheur des soirées dans la Baie de La Paz…

Nous pouvons dire que ça a été un peu le choc de débarquer à Mazatlán en ce petit matin du premier jour de juillet… Depuis quelques temps, nous avions inventé un mot qui a tout son sens : se sentir "poite". En gros, c’est moite et ça colle, ça "pègue". Enfin, quand je dis "ça" c’est bien sûr nous, deux petits français, tout juste revenus de la fraîche France où l’été n’était pas encore au rdv… Passer la journée poite, sentir une légère brise mais toujours se sentir poite, prendre sa douche et avoir le sentiment de revivre… 5 minutes car sitôt sec, sitôt poite… Et c’est dans cet état que nous essayions de dormir… Même les brises du Pacifique ne sont pas avec nous. Alors que tous rêvent de chaleur au moment des vacances estivales, à ce moment-là, nous, nous rêvons de fraîcheur. 

Paysage paradisiaque des côtes du Sinaloa. Le coucher de soleil fera-t-il venir la nuit fraîche ?

Après une nuit au nord de Mazatlán, au milieu des fourrés où nous nous sentons en sécurité, nous décidons de partir au sud pour le week-end. Le colis qui doit arriver de France et que nous attendons n’arrivera pas à ce moment-là, alors partons trouver un endroit où nous pourrions nous installer comme chez nous, tout en profitant de l’océan qui pourrait nous rafraîchir un peu. Le sud de Mazatlán se trouve être d’immenses espaces où poussent les manguiers et les cocotiers. C’est le temps de la récolte et tous les jours, les mexicains s’activent à attraper ce qui pend dans les arbres comme des boules de Noël.  De nombreuses pistes s’engouffrent au milieu des cocotiers et pour sûr, vont vers l’océan. Allons trouver notre coin ! 

 Les pistes utilisées par les récolteurs de noix de coco nous amènent tout doit à l'océan !

Nous comprenons vite qu'au Mexique, avec du bon sens bien sûr, nous pouvons nous installer où bon nous semble. 

C’est presque le paradis ! Avec un peu d’ombre et juste la plage à traverser pour aller se plonger dans l’océan chaud, nous respirons et tant pis si nous nous sentons poites, nous pouvons aller sauter dans les vagues dès que nous le voulons. Tant qu’à être là, pourquoi ne pas braconner une noix de coco pour en boire son eau dont nous raffolons… Un regard à gauche, un regard à droite. Personne. C’est parti pour une dégustation de l’arbre au gosier ! Nous qui voulions être discrets, voici qu’une bande de 6 jeunes mexicains arrivent sur 3 motos armés de machettes. Alex part leur demander si ça pose un souci que nous dormions là. Apparemment non, ils ne sont juste pas habitués à voir quelqu’un s’installer là pour camper comme nous le faisons. Puis sans faire de manière, les voici qui grimpent dans les cocotiers pour en faire tomber quelques-unes et s’en régaler. Ils nous invitent à leur festin, nous offrent chacun une noix et ses 75cl d’eau avant d’en préparer la chair tendre avec du sel, du citron et de la sauce pimentée. C’est tellement délicieux que pendant deux jours, nous n’avons mangé que de ça ! 

 Envie de coco frio ? Facile à préparer, aller jeter un coup d’œil dans les recettes !

Je reviens sur le paradis… Çà y ressemblait jusque là… Jusqu’à ce que les petites bêtes effraient les grosses, nous obligeant à nous cloîtrer dans la tente de toit. Et là, nous ne rêvions plus de fraîcheur mais d’une moustiquaire si fine qu’elle aurait pu empêcher toute intrusion. Les "jejenes" (se prononce "rérénes") sont au Mexique ce que les brulots sont au Québec ou les midgies à l’Ecosse… De tous petits moucherons dont on sous-estime la férocité, jusqu’à ce qu’on les rencontre… Et là, plus jamais de la vie on ne veut les rencontrer. Le souci, c’est qu’ils t’ont tellement bien piqué, ou devrais-je dire bombardé, que c’est pendant plus d’une semaine que tu te rappelles de cette rencontre, à te gratter de partout jusqu’au sang.  Il ne nous tarde alors qu’une chose, que ce colis arrive et que nous puissions mettre les voiles et prendre de la hauteur. L’instinct du montagnard nous dit que nous devrions y être bien ! 

 Bien que subissant la chaleur, nous sommes bien contents d'être allé faire un tour dans le vieux Mazatlán

Et tout comme ce pigeon touriste, nous avons bien apprécié la ville !

Arriver à 1000 mètres d’altitude, c’est un peu comme une délivrance. Les fenêtres grandes ouvertes, ça y est, nous avons de l’air !!!  Et nous retrouvons le sourire sur la route qui nous fait découvrir un Mexique bien vert. Dans la terre sombre poussent si bien manguiers, cannes à sucre, maïs… et agave bleu ! Nous ne sommes pas des grands fans de Tequila mais on ne passe pas tous les jours à Tequila ! Nous apprendrons que c’est le cœur qui est distillé et qu’il existe plusieurs types de tequila. Dernièrement, la vente de la tequila vieillie, dite "añejo" (se prononce "agnero") est en pleine croissance. Il faut croire que c’est comme le bon vin ! Forcément, nous repartons avec une bouteille, ça nous tiendra chaud quand enfin nous aurons froid ! 

Les champs d'agave bleu de l'état de Jalisco s'étendent à perte de vue pour régaler les amateurs de Tequila du monde entier

Après 5 ans, le pied d'agave est arraché et son cœur est destiné à être cuit à la vapeur et écrasé avant d'être distillé

Il n’a pas fallu longtemps pour trouver du frais justement. Notre instinct était bon, il fallait grimper en montagne. Ici, la plupart des pics sont des volcans et il se trouve bien souvent qu’une piste mène le plus haut possible. Au Ceboruco, nous avons gagné les 2000 mètres. Seules quelques fumeroles indiquent que le volcan n’est pas vraiment éteint. Nous ne nous tracassons pas par rapport à une éruption pendant notre nuit au milieu du cratère inférieur. Les "jejenes" et les moustiques, il n’y en a plus. Ils doivent avoir le mal des montagnes. Par contre, les vaches… quand nous sommes sur leurs terres, elles nous le font comprendre. Si elles avaient pu s’installer avec nous dans la tente, elles l’auraient fait ! Cette fois les petites bêtes n’ont pas pu faire fuir les grosses !

 Il est bon de retrouver l'air frais pour la nuit dans le cratère du Ceboruca, dans l'état de Nayarit

A 2000 mètres, c’est l’altitude du paradis pour nous à ce moment-là. A plus de 4000 mètres, sur les flancs du Nevado de Toluca, aussi appelé "Xinantécatl", ou face au Popocatepelt en éruption, c’est grandiose ! Mais nos petits corps encore engourdis par les effets de la chaleur sur la côte des jours précédents, demandent encore un peu d’acclimatation. Le manque d’entraînement n’est alors plus responsable de cette nausée que nous avons eue en faisant seulement 200 mètres de dénivelé, c’est seulement le manque habitude à l’altitude. Depuis que nous sommes arrivés au Mexique, nous n’avons pas été beaucoup plus haut que 50 mètres… L’orgueil de Carlos et Maïté est donc sauf ! Malgré tout, nous n’avons pas de mal de crâne, les nuits sont juste peu reposantes. C’est rassurant pour la suite et en particulier pour les hautes altitudes des Andes à venir ! 

 Après une nuit passée à 4200 mètres, nous retrouvons nos doudounes ce 15 juillet au Nevado de Toluca (4680 mètres)

Après avoir passé la nuit là, la vue est parfaite pour le lever de soleil sur le Popocatepelt (5426 mètres) en éruption !

Mais nous arrivons bien vite au bord du grand plateau mexicain et il nous faut redescendre dans les basses terres, là où la saison des pluies bat son plein. Nous avançons sur notre route vers le Nicaragua, au rythme des grosses averses qui se déversent sur les états de Veracruz, de Oaxaca puis du Chiapas. Bien à l’abri derrière notre pare-brise, nous croisons la grande majorité des mexicains trempés jusqu’à l’os, bien habitués à recevoir tous ces centimètres d’eau sur la tête en ce mois de juillet. J’avoue qu’une grosse douche sous la pluie ne nous déplairait pas non plus ! Mais avant de penser à se rafraîchir, il faut surtout penser à être vigilant… Depuis que nous nous sommes rapprochés de la ville de Mexico, le code de la route semble être devenu une vieille règle mise au placard pour de bon. Les mexicains, et en particulier les conducteurs de transport en commun ou de taxi, deviennent créatifs dans leur manière de tracer la route !  Nombreux arborent sur leur véhicule des messages tels que "Dieu est mon chemin" ou "Dieu est avec moi", nous en concluons qu'ils doivent se sentir pousser des ailes et ça les aide à prendre tous les risques pour amener tous leurs passagers à bon port ! 

La difficulté à circuler à Mexico est une raison qui nous a fait éviter la plus grande ville du monde. A taille plus humaine, Puebla, au pied du Popocatepelt actif et du Iztaccíhuatl éteint

Une fois que les routes sont moins assaillies, la tendance serait d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur. La route est bonne, nous regardons le paysage, un coup à droite, un coup à gauche… Et là, un « tope » ! Freinage d’urgence, serrage de dents et ouf ça passe dans un gros ébranlement… Les « topes », ce sont les ralentisseurs mexicains qui nous font parfois la surprise, presque invisibles au milieu de la route et qui ne pardonnent pas ! Quand on parle de casse-vitesse, ici ce n’est pas qu’au sens figuré ! Et une fois que nous sommes passés sans casse, nous ne pouvons que penser à des ralentisseurs avec cette morphologie efficace installés en France ? Nous pensons que ça vaudrait bien une petite manifestation, non ? Et peut être même une grève !! En attendant, ça marche vraiment bien et les mexicains peuvent se promener chez eux sans se faire renverser. 

Sur notre route, nous prenons le temps d'une halte dans la verte cité pré-colombienne de Xochicalco

En approchant de la frontière avec le Guatemala, nous sommes heureux de constater que ces derniers temps au Mexique, nous avons fait de très bonnes rencontres, malgré notre rythme rapide pour avaler les kilomètres. L’anonymat nous allait plutôt bien dans les grandes villes, en comparaison avec les regards insistants et assez froids lorsque nous traversions les rues pavées des petits villages avec notre grosse bagnole… Nous avons été plus d’une fois intimidés et gênés de cette distance. Mais nous avons compris qu’il faut bien peu au final pour briser cette glace. Ils n’attendent que ça que nous allions les aborder avec un grand sourire, leur demander un conseil ou un peu d’aide. La générosité, la simplicité, la spontanéité des mexicains avec qui nous avons échangé un peu, les attentions qu’ils ont eues envers nous nous ont beaucoup touchés... Et il nous tarde de revenir au Mexique et d’avoir du temps ! 

Bien arrivés au Nicaragua, nous savourons notre première nuit sous les étoiles ! 

A très bientôt ! 

Juin 2016, De Francia a México !

Ça y est, nous voici de retour au Mexique ! Nous reprenons notre voyage que nous avions comme laissé entre parenthèse pendant le temps passé en France. Notre Toyota n'a ni avancé ni reculé sur la route puisqu'il est resté à La Paz, chez Cathy et Olivier. Pourtant, de notre côté, nous avons avancé dans notre voyage de vie. Ces 3 semaines passées en France, nous pouvons dire que nous l'avons vécu comme une fête, celle des 2 ans de notre départ ! Et quelle fête ! Pas moins de 4400 kilomètres parcourus pendant 24 jours pour retrouver avec plaisir tant d'amis, comme si nous les avions quitté la veille. Ce sont vraiment eux qui nous ont permis d'apprécier ce temps en France parce qu'il faut le dire, nous n'avions vraiment pas envie de retrouver notre terre d'origine ! Mais nous avons été bien heureux, entourés et tellement gâtés par tous ces moments partagés !  

 En vol vers la France avec Aeromexico, prêts à atterrir à Mexico

Nous remettant peu du décalage horaire, comme on dit chez les ringards, ou du "jet-lag" pour les branchés, nos "vacances françaises" ont été un peu la course. C'est lorsque j'ai enjambé Alexandre pour aller faire pipi pendant la nuit comme si nous étions en train de dormir dans la tente de toit au Mexique, nous nous sommes dits qu'il nous manquait bien un peu de sommeil et de repères ! Changer de lit presque tous les soirs en France a tendance à déboussoler un peu ! Dans notre course, il a fallu d'abord mettre un terme à nos soucis de banque, à l'origine de ce bond temporaire par dessus l'Atlantique. Ceux-ci nous ont obligés de prévoir quelques déplacements importants dans notre emploi du temps chargé en retrouvailles. Mais nous avons dû reprendre l'avion alors que la situation n'est pas complètement débloquée. Le plus important reste que nous pouvons aujourd'hui subvenir à nos besoins en ayant accès à notre compte après 15 mois de clôture ! 

 La seule photo que nous avons ramenée de France !

Certains ont réagi en entendant de notre bouche le fait que nous ne rentrerons pas vivre en France. Nous le savions déjà avant de partir mais l'avions peu dit. Alors nous l'avons officialisé à voix haute ! D'autres ont ouvert de grands yeux lorsque nous avons annoncé que nous repartions pour 2 ou 3 ans de "prospection". Forcément, ne pas pouvoir toucher à son argent pendant 15 mois, ça aide à faire des économies pour la suite, tout en donnant une bonne idée d'un budget minimum de voyage ! Vivre avec une trentaine d'euros par jour à nous 2, en comptant l'alimentation énergétique de notre compagnon de voyage, ça se fait plutôt bien en Amérique du Nord ! Nous n'avons pas été malheureux ! Mais, à se serrer la ceinture cette dernière année, nous avions sûrement quelques kilos en moins car chacun, en France, s'est bien chargé de nous remplumer ! C'est bon, nous avons fait le plein de bonne bouffe française pour les années à venir ! Ne vous inquiétez pas, ça ne nous manquera pas ;-)


Petit paradis sous les cieux mexicains

Depuis que nous sommes rentrés au Mexique, le soleil se charge bien d'essayer de nous faire fondre. On nous avait prévenus que les températures auraient bien grimpé à notre retour ! Nous pouvons dire que la vie change de rythme lorsqu'il fait jusqu'à 45°C ! N'importe qui serait atteint du virus de la fainéantise et retrouverait l'instinct animal qui nous pousse à nous cacher du soleil. Ils sont fous ces humains à faire du recto verso sur les plages dans ce monde ! Nous soufflons et transpirons en cœur chez Cathy et Olivier où nous attendons avec impatience les courants d'air du soir. Au ranch Cactimar, chez JC et Marjorie, nous profitons de l'ombre de la palapa et de son toit de palmiers sans nous lasser de boire des litres de limonada. Un bain dans la mer de Cortez semble être l'unique remède pour faire baisser la température de nos organismes sans énergie. Encore faut-il arriver jusqu'à la plage, quel effort ! 

 Heureux de piquer une tête dans la mer de Cortez !

Nous profitons du petit matin ou du début de soirée pour retrouver des forces et de la motivation pour faire un peu de mécanique sur notre Toyota.
Ici, pour nous, pas de bleu de travail et de chaussures de sécurité ! Le sol de sable a l'avantage d'être doux pour s'étendre sous la voiture mais il a aussi ses inconvénients ! Alors, quitte à se rouler dans le sable, autant rester en maillot de bain et en tongs pour passer sous la voiture et courir se rincer dans la mer dès que l'opération est terminée ! C'est donc en petite tenue que nous nous sommes occupés de cette fuite qui persistait au niveau de la roue avant gauche, ainsi que du croisillon en fin de vie de l'arbre de transmission. Il ne nous manque plus qu'à changer les rotules après 100 000 kilomètres de bons et loyaux services et quelques bricoles persistent dans la longue liste des choses à faire. C'est ce qu'il se passe quand on a une maison, n'est-ce pas ? 

Changement du croisillon à l'aide de l'outil à tout faire, le Hi-Lift !

Un de nos meilleurs souvenirs de cette fin juin au Mexique reste notre virée avec Cathy et Olivier chez Miguel, chevrier mexicain sorti tout doit du fin fond du Larzac qui prépare du fromage... de "type français" pardi ! Bien plus motivés pour crapahuter la montagne avec les chèvres que par la dégustation de fromage dont nous n'avons pas manqué les dernières semaines, nous avons commencé la journée par la traite des biquettes, rendues dociles grâce aux gourmands gobelets de graines. Alexandre a un talent certain pour mimer la traite des brebis dans le Sud-Ouest, nombreux l'ont vu à l’œuvre, d'autres le réclament encore, mais là, c'était du vrai, à grandes giclées de lait frais ! Une fois traites, il n'y a plus qu'à trouver toute l'énergie nécessaire pour les accompagner sur les petits chemins, qu'elles puissent aller glaner leur festin de petites pousses vertes dans la Sierra aride. Forcément, nos joues deviennent rouge tomate au moindre effort, ça nous rajoute une petite séance de sudation supplémentaire. Mais à choisir, entre "dégouliner dans un grand moment de glandouille" et "exhaler de la sueur par les pores de sa peau durant une saine et noble activité sportive", ben c'est tout vu ! 

En chemin pour la Sierra ! Anda !


Toutes les photos de la traite sont ici !

Notre temps en Basse-Californie touche bientôt à sa fin. Cette dernière semaine de juin sera celle des démarches d'importation temporaire de la voiture pour le continent et de l'achat de notre billet de ferry pour Mazatlán, dans l'état de Sinaloa, de l'autre côté de la Mer de Cortez. Nous mettons petit à petit à jour nos connaissances géographiques du Mexique par la même occasion, il ne manquerait plus que l'on se perde au cœur de l'Amérique Centrale ! Très vite, une fois de l'autre côté, il nous faudra changer de rythme pour arriver au Nicaragua fin juillet où nous rejoignent mes parents pour un mois. Nous allons devoir quitter le Mexique, mais pour mieux y revenir ensuite, en Septembre ! Tout le monde a bien compris, les lignes droites, ce n'est pas pour nous !  


Et avant de dire au revoir à la Baja, voici nos dernières photos !

Hasta luego !

Les Galoperes. 

Mai 2016, 2 ans de voyage, 2 ans de vie

Rien de tel que 14h d'escale à Mexico City pour donner des nouvelles et mettre en ligne notre dernier article ! Jusque là, quoi de plus normal, les petits galopères sont toujours sur le territoire mexicain. Mais pourquoi ont-ils troqué leur Toyota HJ61 contre un Boeing 787-8 ? Là, vous pouvez davantage vous poser de questions. Et bien, ce n'était pas prévu au programme et le moi de mai n'est pas une période propice pour faire un poisson d'avril... Chose impensable il y a quelques jours, c'est aujourd'hui bien réel, nous rentrons en France ! Il serait d'ailleurs plus juste de dire que nous ne rentrons pas mais que nous allons y passer un peu plus de 3 semaines, en vacances quoi ! Mais  franchement, ce n'est pas très logique de fêter nos deux ans de voyage sur les routes américaines... En France ! Heureusement, nous avons notre billet retour pour la Paz, en Basse-Californie du Sud. 

Direction la France !

Vous avez compris, nous l'avons un peu amer et en même temps, cela marque la fin de galères financières que nous avons depuis plus de 14 mois. Depuis mars 2015, notre banque était "victime" d'une investigation américaine pour des suspicions de blanchiment d'argent. Et oui, ayant regard sur toutes les affaires du monde, ils ont le pouvoir d'engager une enquête qui aura duré plus d'un an mais qui surtout aura obligé tous les clients de la banque à ne pas compter sur leurs économies...  Comme tous les clients, nous n'avons pas eu accès à notre argent pendant cette période. Depuis, l'instance américaine a retiré ses accusations, une nouvelle banque a été créée pour recueillir les comptes "sains" des clients dont nous faisons partie bien sûr ! Ne commencez pas à croire que nous avons quelque chose à voir avec l'argent blanchi en provenance du Venezuela ou de la Mafia chinoise et russe ! 

Riches de milliards d'étoiles !
 
C'est donc pour signer des papiers que nous faisons ce petit aller-retour Mexique/France, étape indispensable pour retrouver un accès normal à nos euros, enfin ! Jusqu'à maintenant, nous avons réussi à bien nous débrouiller tout en nous serrant la ceinture mais nous commençons à ne plus pouvoir y faire de trous supplémentaires pour serrer plus fort ! Le fruit de notre travail canadien, les dollars américains de secours planqués dans la voiture depuis le départ de France, la vente de la tente de toit gagnée grâce à vos votes lors du Photo Contest et enfin le cadeau du centre des impôts canadiens nous ont permis de vivre modestement durant ces 14 mois de banqueroute. Nous sommes contents que cela se termine et finalement, nous sommes contents à l'idée de revoir pas mal de monde en France que nous ne pensions pas voir avant quelques années encore !   

Nous quittons donc quelques temps la Basse-Californie du Sud, avec un pincement au cœur, pour mieux la retrouver dans un peu moins d'un mois ! Alors que notre avion décolle, le soleil se lève tout juste sur la Baja et nous regardons s'éloigner La Paz qui s'éveille de sa fraîche nuit. Une personne nous demandait récemment où nous vivions, s'attendant à ce que nous lui disions d'où nous venions, en France... Nous lui avons répondu spontanément que notre maison, c'est notre voiture et bizarrement, nous nous sentons à la maison là où elle se trouve. Nous laissons donc notre chez-nous au Mexique et c'est bien là que nous nous sentons bien, comme nous l'étions au Canada, puis aux États-Unis. Nous aimons nous dire qu'en ce moment, notre jardin est un jardin de cactus centenaires où scorpions et serpents aiment se promener la nuit, quand les températures fraîches font fuir les lézards. Ceux-là, ils préfèrent les journées ensoleillées qui atteignent en ce moment les 35°C. 

 Petite visite curieuse du matin

Nous ne sommes pas encore reptiles et souffrons parfois un peu de cette chaleur qui nous abat lorsque le soleil est au zénith. Nous avons face à nous un choix des plus difficiles... Nous plonger dans l'eau ou prendre la voiture, ouvrir les fenêtres en grand et rouler à 90km/h nous fait l'effet d'un air climatisé. Ah !!! De l'air !!! Nous nous exclamons en cœur en empruntant l'une des nombreuses pistes qui traversent la Basse-Californie dans sa largeur. Nous quittons les côtes de la Mer de Cortez et la piste grimpe doucement à travers la Sierra. 

  D'air et de poussière au cœur de la Sierra de la Giganta

Dans les montagnes, les missionnaires se sont installés il y a plus de 300 ans là où le désert dévoile ses trésors phréatiques. Telle un oasis, la Mission San Francisco Javier est une des plus belles du Mexique. Les jésuites y ont construit tout un réseau d'irrigation qui leur a permis de produire de nouveaux trésors de vie. Les orangers et les oliviers ont pris racine dans la Sierra, au milieu de champs de maïs et de vignes à l'origine des premiers vins californiens. Quand on quitte la Mission, le désert n'est plus peuplé que de troupeaux de chèvres qui se régalent d’arbustes aussi piquants que les piments mexicains ! Au milieu d'elles, seul un chien veille à leur sécurité comme s'il était l'une d'entre elles.   

Mission San Francisco Javier, petit paradis au cœur de la Sierra

Alors que la piste redescend vers les plaines et l'Océan Pacifique à l'Ouest, nous arrivons dans un nouvel oasis. Les hommes vivent cette fois au pied des palmiers et d'énormes manguiers qui croulent sous des tonnes de mangues en cours de maturation. Ainsi nous découvrons où pousse ce qui fait la base de notre petit déjeuner mexicain ! Alors que nous sommes bien arrivés en France, nombreux sont ceux qui nous demandent ce dont quoi nous avons manqué depuis que nous sommes partis il y a deux ans... Comment vous dire qu'un petit déjeuner de mangues et de crêpes à la cajeta (confiture de lait de chèvre) ne nous fait pas regretter grand chose ! Il paraît que "pour bien aimer un pays, il faut le manger, le boire et l'entendre chanter" (Michel Déon). Nous avons le sentiment que notre vie, nous la croquons à pleines dents ! Nous nous délectons de fruits en masse, ce qui nous vaut de nous lever plusieurs fois par nuit pour veiller à l'arrosage des cactus de notre jardin. 

Les frégates superbes partagent leur jardin avec nous !

Jour après jour, chaque instant de vie nourrit notre curiosité et notre plaisir de découvrir. Il est difficile de ne pas devenir épicurien au Mexique, en particulier lorsque nous regagnons les côtes de la Mer de Cortez. Alors que nous prenons garde à peu dépenser nos pesos, nous n'avons pas besoin de grand chose et nous devenons riches de petits moments si ordinaires ici. Par exemple, le spectacle de la vie de la faune locale est incroyable dès lors que nous y prêtons attention à ce qui se vit juste à côté de nous. Les pélicans nous fascinent, formidables et lourds engins volant tels des B52 en formation. Et puis d'un coup, les oiseaux majestueux deviennent des acrobates maladroits. Ils piquent une tête dans l'eau et d'un coup de bec, se ratatinent à la surface. Un gros loupé dans l'amerrissage ? Non, c'est juste l'heure de la pêche ! 

"Nage" synchronisée dans le ciel mexicain

Dans le grand cirque de la Mer de Cortez, c'est ensuite aux raies de faire leur entrée ! Elles s'élancent au dessus de l'eau comme si elles avaient pris l'élan du fin fond des profondeurs turquoises de la mer. Elles battent des ailes, gracieuses et silencieuses, essayant de gagner l'altitude, peut être les étoiles mêmes ! Puis c'est la chute fracassante et elles s'éclatent sur l'eau de toute leur largeur. Ce n'est pas un concours de vol en fait, c'est un grand concours de plats ! Tout en fermant les yeux, en position horizontale dans la tente de toit, nous nous laissons bercer par leurs "splash" lointains avant que ne débute le concert des animaux nocturnes... Nous comprenons si bien pourquoi le Commandant Cousteau a nommé la Mer de Cortez "l'Aquarium du Monde". Mais pas besoin du masque et du tuba pour se rendre compte que le spectacle est aussi bien dans les eaux turquoises qu'au dessus ! 

Cousine de la raie Manta, la raie Mobula, ce "diable de mer" peut faire jusqu'à 5m d'envergure !

Jour après jour, c'est aussi des rencontres que nous nous "nourrissons". Ne vous inquiétez pas, nous ne croquons toujours pas les jambons des mexicains ! C'est toujours avec un grand plaisir que nous vivons des échanges avec eux et bien souvent, le pur hasard crée une situation qui nous met en bonne relation. C'est par exemple trouver un jeune planté dans le sable avec sa voiture et qui n'arrive plus à en sortir. Matthieu et Jeanne dégonflent les pneus de leur camion pour s'en rapprocher, nous attrapons les sangles, les pelles, puis dégonflons ses pneus à notre tour... Pour le sortir de la situation comme une fleur ! Tout content d'être tiré de là, il court attraper dans son coffre papaye, piments et bières qu'il nous offre tellement reconnaissant. Nous apprendrons plus tard qu'un mexicain ne va pas forcément demander d'aide à un autre mexicain... C'est le risque de découvrir après le coup de main qu'il s'est servi au passage dans ses biens ! Ils se méfient les uns des autres, en particulier depuis que les petits cartels ont été évincés de la grande course aux pesos de la drogue pour se mettre au racket des mexicains au quotidien... 

Notre espagnol progresse, je retrouve les bases de l'apprentissage de cette première langue à l'école. Je me dis souvent que mes profs d'espagnol, la plupart alcooliques, n'ont pas si mal fait leur boulot en fait ! Alex a plus de mal à se battre contre les mots italiens qui s'imposent à lui lorsque nous avons l'occasion de nous exprimer. Malgré la frustration de ne pas pouvoir dire tout ce que nous aimerions dire, de ne pas pouvoir communiquer spontanément, il existe toutefois des sujets de conversation qui permettent tout de suite de fendre la glace ! Le meilleur, c'est le piment ! Nous commençons par demander une recette pour apprendre à les préparer. Puis c'est l'heure du fou rire partagé quand on aborde la question de l'après-piment et de ses trois effets bien localisés ! Enfin, mise en pratique, la dégustation ! Les tabous sont tombés, la porte est maintenant ouverte à une multitude de nouveaux sujets. Il n'y alors que le soleil qui peut nous arrêter dans la discussion. À 40°C, en plein soleil, nos voisins de plage, Andres, Veronica, et leurs enfants s'excusent d'avoir à se retirer pour savourer leur sieste, chose qui est devenue aussi pour nous une institution dans notre quotidien !  

 Ce soir, nous mangeons "picante"

Une fois arrivés à La Paz, c'est Jean-Christophe et Marjorie qui nous accueillent dans leur paradis sauvage au ranch de Cactimar. Mis en relation avec eux par le rédacteur en chef de Mondial 4x4, nous sommes invités à venir partager una cerveza et una limonada. Alors que nous fêtons le 26 mai nos deux ans de voyage, ils fêtent ce même jour leur 10 ans en Basse-Californie. Mexcapade est le fruit de leur amour pour cette région du Mexique qu'ils aiment faire partager. C'est un régal de passer du temps avec eux et d'apprendre de leur longue expérience en Baja. Nous rencontrons aussi Cathy et Olivier, devenus résidents du Mexique il y a plusieurs années. Après avoir vécu en France, s'installer en Baja s'est imposé pour eux comme une évidence. Nous comprenons si bien leur choix et chaque jour qui passe conforte notre propre choix de nous établir ailleurs. Nous savons depuis le départ que nous ne rentrerons pas vivre en France. Aujourd'hui, après deux ans de vie en Amérique du Nord, nous aimons dire que nous sommes en prospection...

 Un jour, ce sera notre tour de trouver notre petit nid !

Mais pour le moment, le temps est celui du marathon des retrouvailles ! Plus nous revoyons nos amis, plus nous apprécions notre séjour en France. C'est bon de vous revoir ! Mais malgré tout,  il nous tarde de retrouver notre chez nous et pour l'instant, il nous attend au Mexique ! 

A très bientôt,

Les Galopères. 

Avril 2016, Bienvenidos a México !


Tandis que notre départ des États-Unis approche, il nous reste un parc national que nous tenons absolument à voir : celui de Séquoia National Park. Nous quittons la plaine californienne et ses vergers pour rejoindre de nouveau la montagne. Plus nous montons en altitude, plus la végétation prend de la hauteur jusqu'à atteindre la forêt des énormes Séquoias. Quelques flocons de neige nous accueille, ce seront les derniers pour nous cette année. Bien que grands, ces Séquoias sont plus petits que ceux que nous avions découverts à Redwood dans leur parterre moussu. Par contre, ce qui frappe vraiment, c'est qu'ils sont énormes, massifs et trônent en généraux dans la forêt depuis des milliers d'années. Ce n'est pas pour rien que les plus gros s'appellent Général Grant et Général Sherman. Certains conseillent de prendre les arbres dans leur bras pour se reconnecter avec la nature. Nous avons donc appris à nous démultiplier pour leur faire un gros câlin !

Faisons la ronde dans le jardin des grands séquoias !

En quittant cette forêt extraordinaire, une odeur caractéristique vient chatouiller nos narines de retour dans la plaine. Les orangers et les citronniers sont en fleurs et cette forte odeur sucrée nous fait rouler les vitres grands ouvertes pour apprécier ce parfum. De quoi nous rappeler que nous devons acheter des oranges dont nous nous régalons depuis que nous sommes en Californie. Organiques ou pas, comprenez bio ou pas, elles n'ont aujourd'hui plus de pépins et il nous tarde un peu de manger de "vrais" fruits... Nous sommes dans la bonne direction ! 

En passant par Big Sur...

Nous retraversons la Californie dans sa largeur pour rejoindre la côte Pacifique et prendre la Highway 1 entre San Francisco et Los Angeles. Cette côte est magnifique et particulièrement sauvage jusqu'à se rapprocher de Los Angeles. La période touristique a commencé, la route est chargée et les possibilités de se trouver un petit coin pour la nuit sont assez limitées, mais pas impossibles à trouver ! Toutefois, alors que nous arrivons à la fin de nos six mois de visa B2, nous ressentons plutôt le besoin de nous arrêter pour de vrai, pour une nuit ou deux, voire plus. Pouvoir ouvrir la tente devient une nécessité, dormir à l'intérieur de la voiture devient difficile avec les températures qui montent qui montent.... 

Côte Californienne Américaine

Nous quittons de nouveau la côte pour les terres où la densité humaine change du tout au tout. Ainsi nous trouvons un campement à quelques kilomètres d'un petit village au milieu de nulle part. Une épicerie pour acheter quelques vivres si besoin, une bibliothèque pour se connecter à internet, un magasin automobile histoire d'acheter de l'huile moteur... Nous n'avons pas besoin de plus et prenons notre temps pour préparer notre passage de la frontière tout en économisant nos derniers dollars.

La place, à l'ombre de grands arbres, nous offre des nuits paisibles et de belles journées pas trop chaudes. Elle devient l'endroit idéal pour notre grand ménage de printemps et notre changement dans l'organisation de la voiture. Nous n'allons pas garder nos skis prêts à servir par exemple ! Allez hop, le temps de les farter pour les ranger, nous les glissons sous notre matelas dans la tente de toit ! Nos vêtements d'hiver passent sous les vêtements d'été dans notre coffre après avoir fait un tri et quelques re-essayages. Allons savoir pourquoi, un des collants de ski d'Alex me va maintenant et un des miens sera à lui pour le prochain hiver ! Non non rassurez-vous, Alex n'est pas descendu en dessous de 55 kilos ! Et je suis loin d'atteindre les 80 kilos ! En faisant notre tri, nous constatons vite que finalement, nous mettons très souvent les mêmes choses et que ça en fait des choses superflues... 

En mode grand rangement !

Après un entretien intérieur, il est temps de passer à l'entretien général de Pépère. Comme tous les 10000 kilomètres, c'est l'heure de la vidange ! Nous pouvons aujourd'hui la faire n'importe où sans laisser une goutte au sol ! Dans le même temps, nous changeons les roues de place afin d'égaliser leur usure. Étant donné que la fuite du pont dans le moyeu avant gauche a repris malgré le fait que nous ayons changé le joint en novembre, Alex se lance dans un gros nettoyage du disque de frein car nous sommes dans l'impossibilité d'ouvrir davantage pour fixer le problème pour le moment. Une fois les mains sales, il est temps d'attraper la pompe à graisse pour les croisillons, roulements, lames et rotules. Et nous finissons par inverser nos deux batteries pour que ça ne soit pas toujours la même connectée à la batterie auxiliaire et autres éléments. Comme à chaque fois, une fois que c'est fini, nous ressentons une grande satisfaction d'avoir pris soin de notre Toyota. C'est juste moins agréable en reprenant la voiture de se rendre compte qu'il n'y a plus de frein malgré la purge et qu'un bruit de courroie détendue se fait entendre ! Rien de grave, c'est juste la vis inférieure de maintien de l'alternateur qui a cassé... Il ne suffit que de la remplacer ! Et pour les freins ? Ben on purge et re-purge... Mais c'est partie pour une super purge ! 

Une fois prêts, il ne nous reste plus qu'à traverser l'agglomération de Los Angeles puis de San Diego avant d'atteindre le poste frontière le plus traversé du monde. Il est dimanche, c'est très calme de ce côté-ci de la frontière. Rien de mieux pour pratiquer notre espagnol qu'une frontière déserte et des douaniers qui ont tout leur temps ! Première étape des formalités, la voiture passe au scanner et je dois descendre de la voiture. Alexandre avance Pépère jusqu'à sa zone de "mise à nu" et j'entends ensuite de grands éclats de rire. Alex qui ne trouve pas ses mots en espagnol fait bien rire les douaniers et l'atmosphère se détend tandis qu'ils continuent leur travail d'inspection. Après 18 mois à pratiquer notre anglais de manière intensive, nous repartons au point de départ avec notre espagnol peu frais ! Dès que nous commençons une phrase en espagnol, elle commence plutôt bien. Puis un mot en anglais s'y glisse, puis un autre... Et les douaniers finissent par nous parler en anglais directement... C'est frustrant ! En attendant, notre espanglais est malgré tout efficace puisque nous obtenons notre visa touristique de 6 mois ! Même si beaucoup d'américains fréquentent la Baja, ici c'est espagnol qu'on parle ! Notre cerveau va devoir s'y faire de construire des phrases 100% espagnoles, et vite por favor ! 

Une fois au Mexique, nous nous rendons alors compte que nous avons oublié de laisser aux douaniers américains la carte justifiant notre départ des États-Unis. Il va falloir nous trouver un moyen d'accéder aux douanes américaines alors que nous sommes du mauvais côté. Ce n'est pas possible en voiture, des milliers de voitures attendent pour passer aux États-Unis. Il faudra rejoindre le poste à pied ! Le calme du poste de douane mexicain contraste totalement avec l'ambiance qu'il règne dès que nous rentrons dans Tijuana. Après avoir tourne un peu perdus dans les rues de Tijuana, nous trouvons un parking, Alex reste à la voiture, nous restons sur nos gardes tout en nous sentant un peu bêtes d'être méfiants. C'est peut-être à tort, en fait nous ne connaissons rien de ce pays. Nous avons tous les sons de cloche quant à la "dangerosité" du pays, il est temps que nous prenions nos marques par nous-mêmes ! Je me dirige vers les queues de voitures qui attendent leur passage. Et me voilà à passer entre les voitures, me frayant un passage pour arriver jusqu'aux douanes. Je me retrouve au milieu de dizaines de mexicains qui sont là pour vendre churros, tacos et tout autre de choses aux voyageurs en transit. Forcément, en me rapprochant des postes d'inspection, un officier américain m'interpelle. Il doit bien se demander ce que je fais là ! Je lui tends nos cartes en lui expliquant le problème (là les mots anglais viennent tous seuls bien sûr...) et nonchalamment, il me prend les cartes. C'est bon, tout est en règle ! 

Nous ne nous éternisons pas à Tijuana afin de nous avancer un maximum, loin de la frontière et nous trouver une place pour notre première nuit au Mexique. En fonction des lieux, aux États-Unis ou au Canada auparavant, ce n'est pas toujours facile de trouver un coin pour s'installer pour la nuit. Alors, dans un nouveau pays, c'est bon de s'y prendre un peu à l'avance ! Ce nouveau pays nous fait perdre tous les repères que nous nous étions construits jusqu'à maintenant. Même Tijuana et Enseñada qui sont des villes proches de la frontière sont bien mexicaines. Comme nous avons passé la frontière sans produits frais, notre estomac n'a pas perdu ses marques lui. Première étape, des courses ! Les bases : avocats et citrons verts, pain et papaye ! Nos papilles se délectent d'avance de tous ces mets que nous allons savourer ici ! Il est dimanche, les gens sont dans les rues ou apprécient de se promener le long du Pacifique. De étals proposent des crustacés ou des noix de cocos bien appréciables par des températures qui nous semblent estivales. Forcément que le contraste est fort pour nous qui étions il y a alors deux semaines les pieds dans la neige !

Un petit coin pour la nuit avec vue sur le Pacifique

Une fois que notre ventre ne crie plus famine, nous jetons un coup d'œil à notre carte où une route quitte la route principale pour rejoindre le Pacifique. Là, nous prenons conscience qu'une route secondaire est en réalité une piste et bien habitués à avoir toujours des indications, nous hésitons à nous y engager. "Tu es sûre que c'est là ? Fais moi voir la carte !" "Mais si c'est là ! Enfin... Je pense !"... En tout cas, la piste est belle et nous permet de rejoindre l'océan et ses vagues rugissantes. Nous sommes trop contents d'avoir trouvé ce coin même si la berceuse des grosses vagues toute la nuit n'a pas été des plus douces ! Sur la route du retour, nous croisons de nombreux mexicains qui ne sont pas avares en salutations. Tombant sur une vieille Toyota parquée sur le bord de la route, son propriétaire est sous la roue avant droite et essaie de fixer son problème d'amortisseur qui est complètement sorti de son axe. Le temps de lever la voiture, de sortir outils et quelques vis, d'échanger quelques mots faciles à comprendre grâce au contexte mécanique, il est prêt à repartir sur la piste avec un amortisseur qui tient et nous nous sentons tous contents d'avoir rendu service. Les paysages de cette première partie de la Basse-Californie sont bien verts et les cultures maraichères bien arrosées compte tenu des récentes pluies. La piste elle-aussi est pleine de flaques profondément boueuses et très vite, Pépère revêt une sorte de tenue camouflage qui nous fait dire qu'au moins comme ça nous serons plus discrets et peut être un peu moins gringos !?

El Niño a été généreux en eau ces derniers temps !

Il est vrai que nous ne sommes pas forcément à l'aise en arrivant au Mexique. Les grands bonjours des Mexicains nous confortent dans l'idée que nous sommes les bienvenus et c'est ce qui compte ! Bien que nous resterons toujours des blancs dans ce pays riche de son métissage, nous espérons ne pas être perçus que comme des touristes. En tout cas, nous prenons nos marques dans notre vie de tous les jours au Mexique qui prend réellement des allures de vraies vacances. C'est un rythme que nous n'avons pas vraiment connu ces deux dernières années de vie nomade. Ici nous ressentons réellement la possibilité de nous arrêter et de prendre notre temps... 

Le vol tranquille et silencieux du pélican délicat

Balbuzard pêcheur, the osprey, à l'heure du repas

Nous nous mettons au rythme du spectacle de la faune qui nous entoure, les baleines s'approchent et sortent le nez tout en semblant se frotter le ventre sur le sable à une trentaine de mètres de la plage. Puis viennent les grands plongeons des pélicans et les ballets aériens des balbuzards pécheurs qui initient leur petit à l'envol du nid. Un de nos meilleurs souvenirs pour le moment reste notre virée en kayak au plus proche d'une mère dauphin et son petit venus chasser en eau peu profonde. Jusqu'à ce qu'Alex se fasse piquer par une raie amatrice des eaux chaudes de la Mer de Cortez, et ce, malgré ses tongs de sécurité ! Le Mexique ?! Ça pique ! 

Plage sauvage de la Punta Chivato, nous ne sommes pas bien là ?

Entre les plages du Pacifique à l'Ouest aux plages de la Mer de Cortez à l'Est, la Baja est un grand désert et à la fois une immense forêt de cactus, magnifique à traverser. La température est telle que nous ne préférons pas vraiment nous y installer et recherchons l'air que nous pouvons trouver sur les côtes. D'une plage à une autre, nous retrouvons Mathieu, Jeanne et leurs deux garçons que nous avions rencontrés en Utah. Notre voyage nous fait une belle surprise en ces terres du Mexique : nous lâchons prise et vivons l'essentiel : manger, se baigner, pêcher, apprécier ce que nous vivons sur ces plages de rêve avant d'aller nous reposer pour la nuit... 

Muchos besos de México !

A très bientôt,

Les Galopères.


Pour revenir sur nos 6 mois de voyage aux États-Unis, c'est sur notre site www.legaillardgalopere-aux-etats-unis.blogspot.com !